À propos Claude Millette

Démarche

Mon travail s’inscrit dans la continuité de mes recherches sur la captivité et le mouvement. Ces deux thèmes apparemment contradictoires sont à la base même de mon vocabulaire et de ma démarche. Ces antagonistes nourrissent une volonté constante d’expérimentation avec la matière : celle d’insuffler la sensualité aux matières brutes et rébarbatives que sont l’acier, l’acier inoxydable ou le bronze. J’ai choisi ces matériaux pour leurs qualités plastiques et esthétiques, pour leur durabilité et aussi par affinité. Le feu, entre autres, est l’élément et l’outil qui en permet la maîtrise.

Apprivoiser ce matériau sollicite la force corporelle; l’expérience de transformation est donc physique, mais aussi poétique. L’œuvre, pour l’essentiel, naît d’une action directe avec la matière à assembler. Le geste est le résultat de l’action et de la confrontation avec ces deux caractéristiques du métal, souplesse de la feuille et rigidité structurelle du matériau. En déployant dans l’espace un minimum de matière pour un maximum d’effet, en lui donnant des mouvements parfois exubérants, aux limites de l’équilibre, je remets en cause les notions de gravité et de stabilité.

Résolument non-figuratives, mes réalisations ne sont pas non plus du domaine strict de l’abstraction : à partir du moment où le geste exprime une émotion ou une réflexion, l’œuvre est déjà empreinte de sensibilité. À cet égard, l’art public se doit de communiquer avec ses regardeurs.

En ce sens, comme vous le constaterez sans doute, ma feuille de route dans le domaine de l’art intégré à l’architecture révèle une continuité de ma démarche : réaliser des œuvres grand format et participer de façon active à l’urbanisme et à l’aménagement d’espaces publics.

Qu’il s’agisse de bâtiments anciens ou d’édifices au design contemporain, les matières minérales que j’utilise ainsi que leur traitement contribuent de manière significative, tel un catalyseur, au dynamisme et à la mise en valeur de l’espace.

Dans ma production, la verticalité n’est pas exclusivement la dominante; la lecture de l’œuvre n’est donc pas uniquement anthropomorphique. L’œil est sollicité par le mouvement intrinsèque des lignes directrices et des dynamiques. L’organique et le géométrique se juxtaposent, se rencontrent et se toisent.

L’opposition du solide et du souple prend tout son sens du fait que les poutrelles que je fabrique pour mes œuvres, contrairement à l’armature des bâtiments, sont habituellement de forme courbée et croissante. À l’image de ce qui survient dans la danse, l’énergie est issue de tensions ou de polarités. Cet art extraordinaire me fascine par la communion des regards et de la sensualité des corps en mouvement et par cet espace réinventé de beauté et de gestes où l’émotion sans mot s’exprime par l’intensité et le désir. L’art, par sa vulnérabilité et sa précarité, déchire parfois les porte-à-faux de l’imaginaire.

 

Claude Millette, sculpteur

CV